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Salon 2009

 

Agnex

AGNEX AGNÈS POINTIER,
par Ileana Cornea, critique d'art, auteur d'une monographie sur Raymond Hains, Paris, mai 2005

Lorsque Agnès Pointier décide de s'exprimer dans le langage de la peinture abstraite, le monde prend l'allure de la terre retournée après l'éruption d'un volcan. Elle travaille la matière. En cherche les dessous. Comme un mineur qui scrute les entrailles de la terre, elle s'en va quérir le nid des pulsions secrètes. Ce n'est pas un hasard si les déesses dont elle s'inspire ne sont autres que la sombre Lilith qui change des yeux comme cela lui semble et donne du lait empoisonné aux enfants. Mais aussi Aphrodite. La beauté convoitée par les artistes et par les hommes : « Come back d'Aphrodite « écrit-elle auprès de sa toile en guise de titre, mais aussi peut être, en l'attendant. Agnex Agnes crée son univers saturnien et caverneux. Parfois aquatique, lieu de départ encore chaotique. Quelque chose comme un état originel d'où quelque chose commence. Ses oeuvres accompagnées de titre nomment littéralement ce moment- là.

« Athanor » par exemple. Ce mot nous transporte dans le laboratoire d'un alchimiste du moyen âge et aux secrets qui lui valent son métier. Il vient de l'arabe qui a son tour vient du mot grec « athanatos » c'est à dire immortel, explique William Salmon en 1645 dans son Dictionnaire Hermétique. Il désigne un cylindre où l'on met du charbon pour entretenir le feu du four avoisinant où se prépare la pierre philosophale. Comme dans sa toile légendée « Graal ». On retrouve à nouveau la même idée de creuset. Cette fois il s'agit carrément d'une assiette collée au milieu du tableau où des graines rondes débordent. Dans « Tu seras un Autre » on pense voir l'embryon de l'enfant dans l'utérus de la mère. Dans « Aum » ou « Om » on croit entendre le son primordial des moines bouddhistes. L'artiste le traduit dans une petite huile d'inspiration lettriste, où elle écrit ce mot en vert sur un fond de lettres capitales noires serrées et superposées qui donnent l'impression auditive de la vibration. Sa recherche picturale ne s'embarrasse pas des symboles. L'affrontement entre les couleurs et le travail de la matière l'intéresse plus que l'obscurité lyrique des signes. Elle cherche à l'intérieur des choses palpables, quelque élixir. Sachant le passage d'Agnex Agnes Pointier dans le monde de la mode, il est amusant de voir que son intérêt pour l'alchimie n'est peut-être pas si fortuit que cela. Un mot comme « cosmétique » par exemple, en provient. L'adjectif dérive du Kosmos (cosmos) substantivé en kosmêtiké (sous entendu tekhné) donnant en clair, « l'art de la parure, de la toilette ». Puis, Luis Figuier dans son ouvrage « L'alchimie est les alchimistes » (Paris Hachette, 1960) cite un célèbre alchimiste appelé Isaac L 'Hollandais, qu'il tient pour être le créateur des pierre précieuses artificielles.
Des rapports d'ordre ésotérique s'installent entre les chercheurs. Certains s'y reconnaissent. Agnex Agnes Pointier en est un. Seulement elle, c'est à travers la peinture qu'elle a choisi de s'initier aux choses cachées de ce monde.

Ileana Cornea Paris, mai 2005




 


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